« Ennéagramme des symboles animaux | Accueil | Ennéagramme des fixations »

lundi 26 décembre 2005

Olivier Adam

Olivier_adam Mots d'absence par Anne Diatkine

Olivier Adam, 31 ans, romancier. Il décrit des êtres vulnérables, des lieux où s'effacent frontières et identités, et fait de sa vie, réelle ou imaginée, le matériau de ses livres.

L'avis du DVB : Ennéagramme Type ?

- Le portrait d'Olivier Adam sur Libération.fr
- Les livres d'Olivier Adam sur Evene.fr
- Un entretien avec Olivier Adam sur Zone littéraire

- Une interview d'Olivier Adam sur l'Humanité.fr
- Un entretien avec Oliver Adam sur Fondation La Poste

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/282116/3918385

Voici les sites qui parlent de Olivier Adam:

Commentaires

Olivier Adam, 31 ans, romancier. Il décrit des êtres vulnérables, des lieux où s'effacent frontières et identités, et fait de sa vie, réelle ou imaginée, le matériau de ses livres.

Mots d'absence

Par Anne DIATKINE
lundi 26 décembre 2005

Olivier Adam en 6 dates
12 juillet 1974
Naissance à Draveil (Essonne).
2000
Je vais bien, ne t'en fais pas (Le Dilettante).
Mai 2002
Naissance de sa fille Juliette.
2003
Poids léger (L'Olivier). Arrête de travailler.
2004
Passer l'hiver (L'Olivier). Prix Goncourt de la nouvelle.
2005
Falaises (L'Olivier).


Il dit que, pendant des années, il n'était pas là, qu'il s'est construit «sur un trou noir» et qu'il est resté «un spécialiste des disparitions». Lorsqu'il était ado, son jeu préféré était de se laisser distancer par le groupe en faisant en sorte que personne ne se rende compte de son absence. Récemment, Olivier Adam était sur toutes les listes des prix avec Falaises, paru cet automne. Mais son nom s'est effacé discrètement, et la comédie s'est rejouée avec plus de violence. La vie d'adulte continue sans rupture avec celle de l'enfance, même lorsqu'elle est plus heureuse. Il prétend ne pas avoir de souvenirs d'enfance, pas de souvenir propre, mais il sait qu'il en est nostalgique. Nostalgique de l'enfance, et des souvenirs. Est-ce qu'on peut être nostalgique de ceux des autres ou est-ce que la nostalgie ne s'applique qu'à soi ? Il dit qu'il dispose pour seul passé de l'impression d'un socle qui s'effondre. Olivier Adam tente de parler de lui et s'en échappe. Il n'y a pourtant pas de silence dans ses propos énoncés à toute vitesse, dans un café bruyant près du métro Anvers, à Paris, à l'endroit même où il est sur le point de ne plus habiter. Des propos qui traitent principalement de l'économie de l'édition. Des propos qui l'enrubannent telle une momie, tandis que des noms d'actionnaires et de groupes en fusion sont prononcés, et que des parallèles sont tracées à l'infini entre le monde de la presse et celui des livres. «Est-ce que le patron d'une maison d'édition peut exiger que chaque livre soit rentable sans tuer la littérature ?» s'inquiète-t-il. Il est embarqué, il ne s'arrêtera pas, Olivier Adam a cette sincérité qu'on dit désarmante. La littérature dont il tente de nous convaincre qu'elle est en voie d'extinction comme la presse écrite payante, semble son seul viatique, avec sa femme et sa fille.

«J'avais 11 ans quand ma mère est morte. Trois jours plus tôt, elle sortait de l'hôpital et la lumière éclaboussait tout. Elle y avait passé les six derniers mois et nous n'avions pas eu le droit de la voir.» Olivier Adam n'a écrit que des livres autobiographiques et il dit que la démarche autobiographique ne l'intéresse pas. Il n'a écrit que des livres «où tout est faux mais rien n'est inventé», car les sensations sont éprouvées si les événements sont tordus. Falaises est le récit d'une jeunesse, l'histoire d'un vivant attiré par des femmes qui vont mourir et qui les étreint sans parvenir à les ranimer. C'est l'histoire d'un Orphée qui croiserait non pas une mais des Eurydice, et toujours la même impuissance à les sauver. Un récit auquel on croit, et dont l'exergue est une phrase d'Henri Calet : «C'est ma jeunesse et je n'en ai pas d'autres.» Olivier Adam y souscrit pour sa part d'inexactitude.

C'est quelqu'un dont on ne peut pas dérouler tranquillement la vie de balise en balise sans trahir le projet romanesque. Car il vaut mieux lire Falaises en ne sachant rien de son auteur. C'est peut-être pour cette raison que les rendez-vous sont ajournés, que les notes qu'on prend se volatilisent, et qu'on ne cherche pas tant à connaître le passé réel d'Olivier Adam. Mais tel le même Orphée regardant dans la direction fatale, l'écrivain ne s'est pas soustrait aux médias, et, à chaque fois, les journalistes lecteurs sont tombés dans le piège, ébahis par leur propre crédulité. Il répète que l'écriture fut une deuxième naissance et que, comme tout le monde, il n'est pas seulement constitué de faits authentiques mais de la somme de ses rêves, lectures, visions de films et autres rencontres. En l'occurrence et entre autres, Pialat et Raymond Carver.

Il porte le même prénom que son narrateur et a grandi comme lui dans une banlieue indistincte, «entre la nationale 7 et la Seine, pas loin d'Evry, sous Orly». Il se sent dans son élément en banlieue, car «ces zones qu'on stigmatise sont les zones les plus communes, les plus collectives. La plupart des gens habitent en territoire périurbain». La dissolution des frontières et de l'identité lui convient, et un temps, adolescent, physiquement, il a cessé de s'alimenter. Comme l'Olivier de son récit, cela fait des années qu'il ne supporte plus Paris, territoire hostile où il est difficile de trouver «un café de rien». Il vit en nomade, s'éloignant de la capitale dès qu'on lui prête une maison, «avec son noyau fixe», c'est-à-dire sa compagne et leur fille, 3 ans. Il se fixe des impératifs dont il fait le titre de ses livres. Passer l'hiver, pour lequel il a obtenu le Goncourt de la nouvelle, est un programme. «C'était mon ambition maximale au moment de l'écriture.» Se lever le matin aussi, qui a cessé d'être une victoire depuis qu'il est père. «Rester en vie a toujours été un horizon», conclut-il, et l'on saisit que, dans ces conditions, être ou non lauréat d'un prix littéraire est un objectif assez négligeable.

«C'est la personne la plus drôle du monde, dit l'une de ses rares proches. Lorsqu'on travaillait ensemble dans un bureau d'études, il faisait tout pour déconcentrer tout le monde. Il se moque constamment de lui-même.» Au début, elle était déconcertée par sa manière de s'engouffrer dans une bouche de métro sans rien annoncer tandis qu'elle pensait qu'il était toujours à ses côtés. Puis s'est habituée à ses disparitions qui peuvent s'étaler sur plusieurs mois. «Si on l'invite à dîner et qu'on lui annonce qu'il y aura deux personnes qu'il ne connaît pas, on peut être sûr qu'il ne viendra pas.»

Olivier n'a pas grandi parmi les livres, mais son père, autodidacte, prenait tous les jours le RER «avec un gros roman emprunté à la bibliothèque, qu'il changeait tous les trois jours». Il était guichetier et a grimpé les échelons hiérarchiques, «convaincu des mérites de l'effort». Sa mère était secrétaire dans la même banque. Tous deux ont été employés dès leur adolescence et Olivier, «ravi de ne plus travailler», connaît sa chance d'avoir fait des études, car, «sinon, on n'a pas le choix, on doit participer à ce qui nous démolit tous les jours». La famille vivait dans un pavillon, à l'époque où «les enfants des barres et des pavillons fréquentaient le même collège et étaient amis. On passait d'un lieu à l'autre. Cette mixité n'existe plus». Si Olivier Adam est intarissable et sérieux lorsqu'il s'agit de littérature, il ne sacralise pas le geste d'écrire qui n'est «surtout pas un retrait». Il a lieu n'importe où et dans le bruit, dans le RER ou tandis qu'il s'occupe de sa fille, et en cours, lorsqu'il était en fac d'éco, à Dauphine, «parmi des gens ultralibéraux, fils de chef d'entreprise. Ils avaient des orgasmes à l'idée d'un plan de licenciement réussi». Il ajoute : «J'étais sidéré d'être parmi eux et d'avoir l'occasion de connaître leur langage.»

Olivier Adam écrit sur la vulnérabilité des parents, qui touche aussi bien les enfants devenus parents que les parents qui furent enfants. Comme son narrateur, il a le sentiment de n'avoir «jamais rien fait à la hauteur de [sa] douleur». En étant encensé et soudainement très proche d'une lumière éblouissante, il a été attaqué. «Fadaises», ont dit certains. «Télé-réalité», ont jugé d'autres. Une hargne mystérieuse, il y a tellement de livres qu'on peut ne pas aimer en silence. Paraphrasant André Dhôtel, il dit : «Les peurs d'enfance nous murmurent à l'oreille toute la vie.» Sa mère est vivante.

photo Léa Crespi
http://www.liberation.fr/page.php?Article=347322
© Libération

Poster un commentaire

Si vous avez un compte TypeKey ou TypePad, merci de vous identifier

Ma Photo

Recherche

Les commentaires récents

Bibliographie Ennéagramme

Blogrolls dynamiques

  • Criteo
  • MyBlogLog

  • Viadeo

Statistiques

Annuaires & promotion

Blog powered by TypePad