J'aime avancer dans le flou des émotions mêlées
Isabelle Huppert, 53 ans, est sans doute la plus grande et la plus exigeante de nos comédiennes. C’est aussi l’une des plus secrètes. Elle est l'affiche cette semaine de "L'ivresse du pouvoir", sa septième collaboration avec Claude Chabrol.
- L'avis du DVB : Ennéagramme Type 6
- Avant, j'avais tellement d'angoisses, de problèmes, que ce serait très difficile d'en avoir plus (Sourire) ! Mais justement, j'en avais tellement qu'il y avait comme une force en moi qui me disait qu 'il fallait que je fasse ce métier parce que c'était peut-être la seule façon de vivre au mieux avec mes difficultés.
- C'est bizarre : comme un mélange de manque de confiance et de très, très grande confiance. Dans moi et dans les autres. C'est d'autant plus étrange et inexpliquable, tout cela, que moi qui ai peur de tout dans la vie, je n'ai jamais eu peur de ça, de ce métier, des échecs... Alors, je n'ai pas peur d'entreprendre les choses, pas peur de me tromper...
- Mais vous savez, autant j'aborde la vie « avec maladie », autant j'aborde le tournage d 'un film « avec santé » ! Je suis prête à tout et chaque petit combat me paraît digne d'intérêt et je trouve toujours l'énergie de le livrer.
- Ce qui me porte, c'est aussi, quelque part, ce qui m'empêche de vivre : vouloir être regardée, vouloir séduire, vouloir fasciner, vouloir être fascinée, et surtout être prise en charge (un tournage, c'est un peu comme l'école ou la famille, une infrastructure très solide et très sécurisante).
- Isabelle Huppert à Première - 1980
- J'ai l'impression que je m'aime un peu plus qu'avant, que je m'accepte davantage mais aussi parce que j'ai beaucoup de satisfactions. Et beaucoup de plaisir. J'ai d'ailleurs de plus en plus de plaisir à jouer et de plus en plus de raisons d'avoir du plaisir : les rôles, les metteurs en scène... Donc, la partie de moi-même qui ne s'aimait pas du tout, j'ai tendance à l'oublier, j'ai le sentiment de lutter moins - même si je n'ai jamais vraiment eu le sentiment de beaucoup lutter.
- C'est peut-être aussi pourquoi ce que j'ai lu sur Flaubert m'a particulièrement interpelée. Ce qui l'intéresse, c'est la recherche du vrai, de la vérité. Il ne se demande qu'une chose : « Est-ce vrai ? » Je me trouve très proche de ça. En lisant des textes sur Flaubert, j'ai réalisé que c'était précisement cet objectif qui, de manière souvent inconsciente, motivait ma démarche d'actrice : cerner la vérité au plus près. La vérité d'un personnage et donc la vérité humaine. Et elle comprend aussi bien des zones de lumière que des zones d'ombre.
- Là encore, on rejoint Flaubert. D'ailleurs, lui, il n'avait pas peur d'être confondu avec ses personnages. II disait même qu'il aurait voulu qu'on ne sache rien de lui, être complètefnent invisible. Moi, c'est un fantasme que j'ai toujours poursuivi... Etre totalement absente derrière mes personnages... j'y arrive un petit peu... Mais c'est vrai qu'il y a peut-être, à un moment donné, une forme de provocation, oui...
- Isabelle Huppert à Studio - 1990
- Tout le processus qui consiste à faire éclater ces contraintes et donne simplement la possibilité d'aller au cœur des gens, c'est cela qu'on recherche au théâtre, ce n'est pas plus difficile que ça. A moins que si, justement. A moins que ce ne soit plus difficile. Parce qu'on court toujours le risque de se laisser emprisonner par un texte ou par une langue.

