Michel Savage | Qu'est-ce qui vous anime aujourd'hui et vous fait parcourir le monde ?
Claudio Naranjo | J'aspire beaucoup à me reposer, à ne rien faire. Mais il y a un paradoxe : plus je suis résolu à me reposer, plus l'inspiration et la motivation sont présentes. C'est comme un apéritif : l'inspiration surgit du vide. Mon agenda est très rempli parce que je me suis engagé à terminer des choses que je désirais vraiment accomplir et que personne d'autre ne peut réaliser à ma place. Mais j'aimerais en faire de moins en moins. Je suis là pour ouvrir des portes. Je ne tiens pas spécialement à venir enseigner en France. Je suis intervenu le plus souvent dans le monde de l'éducation. Ma présence ici est en rapport avec cette ouverture sur le monde de l'éducation. Je suis devenu militant de mon propre rêve : changer la conscience globale. Non par la thérapie ou par la spiritualité qui ne touchent que des minorités mais en changeant l'enseignement. Il ne s'agit pas tant de renforcer l'enseignement que nous avons car c'est en transformant l'enseignement qu'on transformera le monde. Il n'est pas facile de penser que ce n'est pas sûr d'y arriver mais j'ai décidé de faire ce que je pouvais. Je ne crois pas que je ferai encore d'autres tentatives : je pense que cela touche à sa fin. Je ne peux pas dire que j'ai une échéance : je sais seulement que j'ai assumé ma responsabilité d'inciter les gens à poursuivre.
M. S. | J'ai entendu dire que vous acheviez votre biographie. Qu'est-ce qui vous inspire dans ce travail ?
C. N. | Oui, j'écris, cela fait encore partie de mes désirs : achever mes livres. J'ai le sentiment que la vie de tout homme mérite un livre. Ecrire revient à essayer de savoir ce qui rend la vie meilleure : c'est une contemplation. Mais c'est plus que cela. J'ai rédigé des essais mais pas des contes. Ecrire, c'est aussi faire émerger la dimension artistique, comme si l'artiste intérieur cherchait à s'exprimer et aussi, dans une certaine mesure, l'enfant intérieur. En un sens, ce serait un gaspillage si ma vie n'était pas racontée. C'est une vie presque miraculeuse, tellement complexe : tant de choses s'y sont passées de manière providentielle. Je voudrais être un témoin plus actif que le simple fait de me connaître. Il s'agit aussi de rassembler les morceaux de ma vie et d'en dégager le fil rouge. C'est comme si ma vie prenait forme lentement au fil des ans à mesure que j'y pense et l'explore de l'intérieur. J'y découvre des rimes : elle devient plus poétique au gré des découvertes.
M. S. | Je voudrais revenir sur l'épisode Arica quand vous étiez parmi 50 chercheurs dans le désert réunis autour d'Oscar Ichazo. Je me suis laissé dire que l'on vous avait exclu du groupe. J'ai aussi vu une vidéo qui m'a beaucoup touchée où vous décrivez cet épisode comme une épreuve que Ichazo voulait vous faire vivre. Et dans un de vos articles, vous en parlez comme d'une retraite où vous avez reçu une révélation.
C. N. | Ce que je comprends, c'est que vous me demandez deux choses : d'abord qu'il y aurait eu une trahison pour être testé, éprouvé ; et puis qu'il y aurait eu une révélation. Commençons par la révélation qui a plus de valeur et qui est sans doute plus intrigante. On m'avait dit dès le début que je serais testé. J'ai été testé de manière évidente dès le départ. Par exemple : j'étais ami avec une personne leader du travail de Gurdjieff à Santiago. C'était un secret : elle ne voulait pas que son mari le sache et elle ne voulait pas que les membres de ce groupe sachent qu'elle était comme les étudiants. Mais quand je la présentai à Ichazo qui visitait alors le pays, je présentai Ichazo à son mari. Mes enfants jouaient dans leur maison : ils éprouvaient beaucoup de joie à jouer avec leurs enfants. Son mari me fit bonne impression ; même s'il y eut un bon contact entre nous, il ne savait pas à quel point j'influençais sa femme. Ichazo le rencontra et invita cet homme qui était alors ministre de la santé pour une promenade en haut des collines de San Cristo. Les amis de la femme d'Ichazo les suivirent à distance. Grâce à cela, je sus de quoi ils discutèrent. J'étais alors jeune médecin.
Pour l'essentiel, c'était au temps où je menais mes recherches sur les psychédéliques parce qu'au Chili, je travaillais à l'université et qu'à l'époque, l'université parrainait la médecine, chose impossible aujourd'hui. J'ai introduit le MDA, menant au MDMA ; j'ai introduit les fameuses drogues de l'extase comme l'ibogaïne d'Afrique, les alcaloïdes d'Amazonie et d'autres venant d'Alaska. Mais tout cela était très nouveau : il n'aurait pas été possible de les expérimenter aux Etats-Unis étant donné la répression politique et médicale qui régnait là-bas sur les drogues : cela aurait pu les réveiller ! Ichazo voulait en savoir plus sur mes recherches et je lui dis qu'il pouvait rencontrer les gens de mon groupe. J'animais un groupe d'une trentaine de personnes qui avaient eu des expériences extatiques avec des substances expérimentales peu connues. Il était très impressionné : il me félicita et m'encouragea en me disant : « Vous avez très bien fait et avez eu beaucoup de courage car c'était dangereux. » Ainsi, je sus ce qu'il pensait et cru qu'il était sincère. Il était donc en contact avec le Ministre de la Santé qui lui répondit : « Comment peut-t-il faire cela ? C'est quelqu'un de doué, mais quel dommage qu'il s'intéresse aux drogues ! » C'était un homme conventionnel dans un pays qui n'interdisait pas les drogues mais commençait à subir leur mauvaise réputation des Etats-Unis. La seule manière de comprendre cela, c'est qu'il voulait que je sache qu'il était en train de me trahir, comme s'il me disait : « Je suis instructeur ; je peux te donner ceci, ceci et cela, mais tu dois te soumettre. Il m'a blessé : il voulait que j'accepte tout.
A une autre occasion, il promit de me donner des indications sur la méditation et me dit : « Nous allons méditer ensemble ». Mon corps se mit à trembler, mes mains et ma tête à vibrer, je croyais vivre une profonde expérience, et il me dit « Ce n'est rien : demain, nous aurons une expérience complète. » Ainsi, le lendemain, il me donna une mélodie pour éveiller le plexus solaire (Claudio chante). Je me mets donc à répéter cet air. Puis il me dit : « Non, tu as un bouchon, là, ce n'est pas possible » J'étais rempli d'espoir de vivre une grande expérience puisque la veille, il ne s'était rien passé. Aujourd'hui serait le grand jour. « Non, non, non, tu as un bouchon. » J'étais si déçu qu'il me dit : « Demain, peut-être ».
Entre temps, je lui avais présenté une amie qui avait de l'estime pour nous. Peut-être pouvait-elle se joindre à nous ? Quand j'arrivai, il était occupé avec elle. J'attendis qu'ils terminent, croyant en avoir pour quelques minutes. Je me vois encore assis là en train d'attendre des heures et des heures dans le couloir. Finalement, l'amie en question me rejoint et me demande : « Veux-tu venir danser avec nous ? » Nous nous mettons donc à danser. Je n'étais pas aussi joyeux que j'aurais pu l'être parce que cela devait être le jour de ma grande expérience : le bouchon allait sauter ! Je dansai, m'efforçant de tirer le meilleur parti de la situation mais fondamentalement, j'étais frustré. L'expérience se termine, je rentre à la maison. Le jour suivant, je dis à Oscar : « Ce n'est pas la première fois que tu me frustres : tu le fais si souvent que cela me rappelle l'histoire juive du père qui amène son fils au bord du vide et lui dit de sauter. Le fils est effrayé. Son père le reprend : « Tu ne fais pas confiance à ton propre père ? » Finalement, l'enfant se décide à faire confiance, saute et fait une chute terrible. Son père lui dit alors : « Maintenant, je peux commencer à t'enseigner. Ne te fie même pas à ton propre père. »
Je m'adresse donc à Ichazo en lui disant : « On dirait que tu agis exactement en m'enseignant comme ce père à coups de frustration systématique. Tu promets des choses que tu remets chaque fois à plus tard. » Je lui rappelle même la première fois que l'on s'était rencontré où il m'avait dit : « Je peux donner l'impression d'être indigne de confiance car je n'ai pas toujours tenu mes promesses, mais cette fois-ci, je serai totalement fiable. » Je pris acte, lui rappelai la blague et il me répondit : « Non, non, tu verras, cette fois-ci, ce sera différent ! Je t'ai observé pendant que tu dansais : tu as de sérieuses capacités. Je travaillerai avec toi et veillerai sur toi » Voilà pour le test. Mais quand je revins des 40 jours de retraite dans le désert d'Arica, la grande expérience de ma vie, il me dit : « Garde cela pour toi. Ne laisse pas ton expression trahir ce que tu es. Reste ordinaire, ne sois pas tenté de passer pour un saint. Il nous faut agir sous le masque.
Il me connaissait très bien. Il m'avait dit que j'enseignerais les prochains volontaires, que je prendrais sa succession, et c'est lui qui a parlé de révélation. Aie toujours un enregistreur ou du papier parce que tu vas recevoir des choses que tu vas devoir transmettre. Quelques jours plus tard, John Lilly était à Arica avec d'autres. Savez-vous ce qu'il leur dit ? « Faites attention à Claudio, il est en train de devenir mégalomane. » Oscar m'avait mis dans une position particulière en déclarant que quelqu'un ne travaillait pas dans l'esprit du groupe. Il lui laissait entendre que j'étais parti au désert de ma propre initiative. Il m'avait dit de garder secret le fait qu'il m'avait envoyé dans le désert, et désormais il affirmait que je passais par un délire christique. Le groupe se mit donc à me critiquer et finit par m'exclure. J'étais devenu le mouton noir. Je dirais que c'était un sacré test ; en même temps, j'étais tellement comblé parce que j'étais tellement connecté par une guidance intérieure qu'il a peut-être senti que ma place n'était plus là
M. S. | Etes-vous toujours en contact avec Oscar Ichazo et comment vous situez-vous par rapport à son école Arica ?
C. N. | J'imagine que nous sommes toujours amis mais je ne le vois plus. Quelques années après avoir démarré les groupes SAT, il semble avoir eu la vision intuitive de mon travail et savoir très bien ce que je faisais. Il me félicita chaleureusement. Parallèlement, il a toujours tenu la position que je n'avais jamais achevé le travail avec lui. Il me présente comme quelqu'un qui n'a pas fait le travail. Il sait quelle est la place de chacun au Royaume. Je me suis dit que peut-être il me manipulait. Je ne l'ai plus vu depuis qu'il a fondé Arica à New York. C'était typique de lui qu'il ne me soutenait pas en public et que ce que j'enseignais venait en partie d'écriture automatique et en partie de mes propres observations.
M. S. | Il y a trois grands courants dans l'Ennéagramme. Quels sont vos apports spécifiques et quelle part faites-vous aux Idées Saintes ? On ne les retrouve pas dans le mouvement de l'Ennéagramme hormis chez Almaas.
C. N. | J'ai essentiellement enseigné l'Ennéagramme des fixations et des passions. Les Idées Saintes faisaient partie du secret que Oscar m'avait demandé de garder. Il y a eu un accident. Almaas qui était un de mes élèves a eu une forte expérience. Il faisait partie de la contrebande, filtrant les matériaux qui n'étaient pas censés sortir des groupes de travail. Les gens me demandaient : Où avez-vous appris tout ça ? J'ai eu l'information de base d'Oscar Ichazo. Tous les matins pendant plusieurs mois, il nous enseignait l'Ennéagramme à raison de plusieurs heures par jour. Il nous a présenté différents Ennéagrammes. Tout a été publié par John Lilly dans un livre de psychologie transpersonnelle. Mais personne n'aurait pu reconnaître les différents types à partir de ce qui était publié. Pour ma part, je me suis attaché à décrire les 9 types, puis en son temps, les sous-types. Mais j'étais tellement révulsé par les portraits dépeints par la communauté de l'Ennéagramme – ce que j'ai appelé « le bouillon du bouillon du bouillon » - que j'ai voulu mettre certaines choses par écrit. J'ai insisté pour revenir à ce que j'avais appris d'Oscar et que j'avais pu observer de mon côté, aboutissant au « curriculum ». Quant aux correspondances avec le manuel de diagnostic psychiatrique américain, elles coulaient de source. Mais il n'est pas vrai que j'ai établi les correspondances avec les péchés capitaux. A ceux qui me présentent comme le père de l'ennéagramme, je réponds que j'en suis la mère : j'ai apporté des développements
Cela montre que l'Ennéagramme est une tradition vivante qui continue à vivre et se développer ; il n'y a pas une orthodoxie de l'Ennéagramme. Malheureusement si. Quant à Riso, il a appris certaines choses de moi mais était en compétition. Riso était relié à un groupe jésuite incluant un dominicain et un franciscain. Le franciscain (Herbert et Rohr). Bob Ochs s'est mis à enseigner, brisant l'accord. De ce groupe est venu le premier livre. Et ces gens qui n'avaient pas d'engagement avec moi se sont mis à publier avec le mauvais gout de quelque chose qu'ils ne connaissaient pas vraiment. Riso était connecté à ce groupe et s'est mis à publier des choses avec une certitude et des qualificatifs. Je l'ai rencontré. C'est plus qu'un manque de modestie : c'est de l'arrogance. Il y a quelques années, on s'est retrouvé lors d'un congrès et il s'est adressé à moi comme pour dire : vous et moi, nous avons eu des révélations.
M. S. | Quel a été votre contribution au Processus Hoffman ?
C. N. | Ma contribution a été double. D'abord, de raccourcir le processus. Au départ, c'était quelque chose de très long : à peu près trois mois. Ca commençait avec 8 sessions individuelles avant d'entrer dans un processus de groupe très long. C'est devenu un travail de groupe qui a d'ailleurs été intégré au programme SAT. Bob Hoffman a fait partie des premiers. Il s'était engagé à se taire – chose très difficile pour lui car il était très bavard – mais essentiellement, au lieu d'avoir besoin d'un médium, les gens pouvaient travailler l'un avec l'autre. C'est devenu un processus de 10 jours.
M. S. | Qu'est-ce qui vous a incité à mettre sur pied le programme SAT et quelles en ont été les grandes évolutions ?
C. N. | A l'origine, j'avais des plans. Ma mère voulait suivre les premières étapes. C'était une perfectionniste, elle me faisait confiance mais avait une sorte d'autorité. Je l'acceptai dans mes premiers groupes au Chili pendant un mois. Quand je quittai, j'avais fait partie des groupes d'Idries Shah qui me donnèrent l'inspiration de continuer à distance. Quand j'arrivai en Amérique, j'avais des engagements pour des conférences. J'étais très charismatique et à Berkeley, j'ai eu un groupe de 90 personnes. C'était un groupe de développement personnel de 3 mois renouvelables. J'étais très inspiré, c'est la phase magique de ma vie, je ne savais pas ce que j'allais dire quand j'ouvrais la bouche. Je me mis à enseigner notamment sur les nombres, toujours relié à l'Ennéagramme. Il y avait des éléments de latifa, des mouvements spontanés, invitant à la possession, comme une sorte de transe. Certains vivaient des catharsis.Il y avait aussi les mentations, des éléments de psychocalisthénie, des mouvements de Gurdjieff, des éléments de Qi-Qong de Thaïlande, d'eutonie de Gerda Alexander. J'ai suivi des cours avec elle.
La première phase du SAT correspond à ces 3 années à Berkeley. C'est une longue histoire, mais j'entrais dans une nuit noire de l'âme. Je découvrais qu'il y avait du narcissisme, de la honte, de l'embarras. Je promettais plus que je ne tenais car mes états de conscience n'étaient pas stables. La seconde phase a commencé avec un entraînement d'un mois pour les thérapeutes en Espagne, combinant thérapie et méditation Zen. On retrouve les 3 véhicules du bouddhisme – Hinayana, Mahayana, Tantrayana – ils sont arrivés après dans une autre phase. J'y ai inclus du travail corporel, de la danse, des mouvements d'Egypte, la Gestalt thérapie. Le matin, on méditait, il y avait des enseignements sur l'ennéagramme, le processus de groupe, l'après-midi c'était des choses plus structurées, du travail avec l'attention centrée sur le corps. Je devins plus précis et cela enrichit le travail. Aujourd'hui, le programme inclut aussi des enseignants. Au Chili, j'ai été invité à expliquer ce que je faisais.
M. S. | Comment articulez-vous le travail thérapeutique, développant l'ego, et le travail d'éveil visant à le dissoudre ?
C. N. | Cette opposition repose sur une confusion de langage. On ne parle pas du même ego. D'un côté, on parle de l'enfant intérieur, de la fausse personnalité, de l'autre, de l'identité intégrée, de l'agent de médiation. Les deux sont parfaitement compatibles. Dans le programme SAT, on renforce une identité qui n'est pas la fausse personnalité fossilisée. Il y a deux phases dans le développement du Sat, la seconde plus axée sur le travail d'éducation. On donne beaucoup de contenu dans les programmes d'enseignants mais peu de choses pour leur croissance personnelle. S'éduquer revient à devenir ce que l'on est. Comme si on était assis sur un trésor, un outil de valeur sociale, de changement de société s'il est exploité par les autorités.
M. S. | J'en viens à votre oeuvre. Quel regard portez-vous sur l'état de santé actuel de la civilisation et le patriarcat ? Et de la culture française ?
C. N. | Le principe du père est toujours aussi important dans notre culture. Il semble y avoir une oppression sans oppresseur, une injustice sans mauvais dirigeants. C'est la tyrannie du marché. Mon intuition me dit qu'il y a des gens avec beaucoup de pouvoir qui influencent les gouvernements et les lois du marché. Même si je n'en suis pas sûr, il est vrai qu’à l'échelle collective, l'élite entrepreneuriale ne fait rien pour refaçonner le monde de l'entreprise. C'est comme une personnalité psychopathe, détruisant les forêts et l'environnement. Personne ne semble responsable : c'est comme le Golem, le monstre de Frankenstein. Il risque d'être réactivé. Je suis invité dans quelques semaines dans une des plus grandes écoles de commerce (MBA) à propos de l'humanisation du leadership. Plus on attend, plus le processus de réajustement sera difficile. C'est une nouvelle direction, une nouvelle porte que j'ouvre : changer la conscience en changeant l'économie. Je ne sais pas si c'est possible.
M. S. | Comment vous situez-vous par rapport aux partisans de l'Age d'Or, à ceux qui annoncent l'Ascension collective pour 2012 ou un éveil planétaire ?
C. N. | Je ne fais pas partie des prophètes qui peuvent lire dans le futur. Je peux seulement voir les conséquences évidentes des voies que nous empruntons. Il y a des cycles humains et des prévisions comme les yugas hindous et les prophéties mayas. Nietsche parlait de l'âge de Dyonysos. Alain Danielou dit que Shiva et Dyonysos sont les mêmes. Nietsche dit que c'est le remède pour notre âge fossilisé. Cela a du sens, j'ai des tendances apocalyptiques et il n'est pas insensé de penser que les choses pourraient s'empirer. James Lovelock, l'auteur de l'hypothèse Gaia... Les catastrophes aident à tuer ce que nous n'avons pas été capables de supprimer par nous-mêmes.
M. S. | J'ai appris que vous aviez créé une fondation Claudio Naranjo ?
C. N. | Je n'ai rien fait, elle a émergé dans mon entourage. C'est un projet d'offrir des bourses à des écoles et des universités pour les aider à découvrir des valeurs. C'est comme l'histoire soufie du thé : les gens l'adorent mais ne savent pas ce que c'est et finalement tout le monde sait qu'on ne le découvre qu'en le goûtant.
M. S. | Aujourd'hui, quel bilan faites-vous à cette étape de votre vie ? Avez-vous des regrets, quelque chose d'inachevé ?
C. N. | Ma vie est bien remplie au sens où elle a bien servi ; j'ai rencontré beaucoup de gens, les ai aidé à grandir, à voir ce qui se passait, à prendre conscience de leur valeur, à les orienter. J'ai le sentiment d'en avoir fait assez, de ne plus devoir pousser l'âne. Par contre, mon rôle n'est pas terminé. Au désert, j'ai eu un contact avec le sacré au plus haut niveau que j'ai intégré par la suite, mais je ne le recherche pas. C'est un processus physique qui demande du temps. On ne peut pas tirer dessus pour l'accélérer. Je serais plutôt un attendant qu'un chercheur. On pourrait parler d »'attendant » de la vérité plutôt que de chercheur de la vérité. J'ai un livre à terminer sur la musique et un sur la guérison.
Michel Savage est certifié par l’Institut Français de l’Ennéagramme. Après un diplôme de philosophie, et une maitrise de sociologie, il est actuellement consultant en management et relations humaines. Il a une très bonne connaissance des liens qui existent entre l’Ennéagramme et les grandes lignées (taoïsme, bouddhisme, cabbale juive, christianisme, soufisme) et il sait faire la synthèse entre Orient-Occident, Antiquité, temps modernes, sciences et religions.
Un grand merci à Coline d'Aubret, directrice de la communication de la Libre Université du Samadeva, de nous avoir permis et autorisé cette publication.
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