Par Didier Perraudin
C'était une belle journée ensoleillée et il demeurait immobile face à l'immensité de l'océan. La tête un peu penchée, il pensait : ennéagramme, essence, personnalité, réactivité du type ou mécanismes de défense, entrechoquant le tout dans son esprit, mais sans grand résultat. Peut-être était-il trop en quête de réponses à la mesure d'un océan, immenses et essentielles. Et si sa tête enflait, ce n'était pas uniquement dû aux effets du soleil d'été.
Il pensait penché et la forme ainsi obtenue, cette belle apparence, semblait produire son effet sur les foules. Et voilà que de nouveau il enflait. Combien de fois l'avait-on mis en garde sur la nécessité de mettre parfois son esprit en jachère, il ne l'entendait pas. Il aurait aussi bien pu finir par se lasser de remplir encore et encore son esprit de pensées bien ordonnées et de juste paraître. Mais, qu'après ce brouhaha de pesanteur et de mots, il ne resterait plus la moindre place pour le bruit sourd des vagues, la caresse du vent marin, le sable chaud entre les orteils et la pensée qui s'évade en hélico, cela ne lui traversait pas l'esprit. C'était pour lui l'été de la recherche studieuse, avec en perspective toute une saison sur cette même portée musicale, vautré sur un sofa de mots. Un été qui, contre toute attente, s'avéra pourtant fertile en vérités relatives qui allaient, venaient et se contredisaient et au travers desquelles il n'arrivait plus désormais à se convaincre que la forme, l'attitude appropriée et les bons mots suffiraient à le sortir d'affaire. Dix bons points j'aurai une image, et ensuite ? Puis, subitement il y eut en lui comme un blanc, un trou noir, et de cet instant irréel, il ne resta plus que la douce caresse du vent sur les vagues. En cet instant il fut comme blotti dans l'ici et maintenant, comme si avec lui le temps s'était assoupi.
Il y a de nombreux symboles reliés aux nombres, en alchimie, kabbale ou ennéagramme, et ceux-ci constituent pour certains une véritable instruction. Mais il faut savoir les déchiffrer pour les comprendre. Et dans ce domaine ce n'est pas toujours celui qui pense qui progresse. Dans l'approche ésotérique, les trois stades de l'évolution initiatique transforment l'homme en initié, en philosophe, et finalement en sage. Pour cela il faut suivre sur trois niveaux le procédé alchimique suivant : apprendre à se dominer, acquérir la raison et enfin faire sa calcination, c'est-à-dire brûler ses anciennes théories ou habitudes. Dante, dans certaines de ses poésies, se servait du rythme du nombre neuf, symbole de la trinité esprit-âme-corps, ayant trois aspects et trois principes. De son côté, la kabbale établit la correspondance entre le monde céleste symbolisé par le nombre un et le monde terrestre symbolisé par le nombre deux, permettant à l'homme de réaliser leur unification, symbolisée par le nombre trois (1+2), puisque l'unité se fonde sur leur complémentarité et que la pensée de l'homme émane de la pensée divine. En se condensant, la pensée devient parole, puis lumière, réalisant ainsi la fusion de l'esprit et de la matière dans l'ordre de la nature. Les églises comportent généralement trois rosaces : la septentrionale, qui est toujours privée des rayons du soleil, la sud-est éclairée par le soleil de midi et la grande rosace qui flamboie au soleil couchant. Coelho, avec l'Alchimiste, cite trois niveaux d'initiation : la chance du débutant précède l'épreuve du combattant qui elle-même précède une éternelle valse à trois temps. Ou encore, d'après Thomas Condom, la phase lune de miel puis phase de l'apprenti-sorcier qui précèdent une troisième phase de maîtrise du système, et qui figureraient les trois niveaux successifs de l'apprentissage de l'ennéagramme. Là, le troisième niveau dit « de maîtrise », dépend de l'intégration du savoir acquis et du niveau de sagesse qui en résulte. Nous retrouvons encore et encore la symbolique du nombre trois : action-réaction-conciliation, matérialisée par les points 3-6-9 sur l'ennéagramme.
Ainsi, allons-nous rechercher uniquement à progresser dans la compréhension théorique de l'ennéagramme ou chercherons-nous aussi à apprendre à se connaître et à progresser avec l'ennéagramme ? Et si progresser dans la connaissance de soi n'est pas un processus si progressif ou linéaire qu'on veut bien le croire, peut-être ferions-nous mieux de raisonner en termes de niveaux, de sauts, de prises de conscience. Lorsque la vie nous met à l'épreuve et nous accule à la remise en cause, nous savons, nous ressentons sans l'aide d'aucun mot, sans juger ou comparer, ce que certains s'enhardissent à nommer : les sauts quantiques de l'esprit.
« Ce qui est de la plus haute importance, c'est de laisser l'inconnu apparaître. L'esprit a conscience de ne pouvoir capturer par l'expérience et les mots ce qui demeure éternellement, intemporel et incommensurable » Krishnamurti



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