L'édito de Didier Perraudin

mardi 12 août 2008

Les vacances de l'ennéagramme

Par Didier Perraudin

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Photo © La Fille de l'Air

C'était une belle journée ensoleillée et il demeurait immobile face à l'immensité de l'océan. La tête un peu penchée, il pensait : ennéagramme, essence, personnalité, réactivité du type ou mécanismes de défense, entrechoquant le tout dans son esprit, mais sans grand résultat. Peut-être était-il trop en quête de réponses à la mesure d'un océan, immenses et essentielles. Et si sa tête enflait, ce n'était pas uniquement dû aux effets du soleil d'été.

Il pensait penché et la forme ainsi obtenue, cette belle apparence, semblait produire son effet sur les foules. Et voilà que de nouveau il enflait. Combien de fois l'avait-on mis en garde sur la nécessité de mettre parfois son esprit en jachère, il ne l'entendait pas. Il aurait aussi bien pu finir par se lasser de remplir encore et encore son esprit de pensées bien ordonnées et de juste paraître. Mais, qu'après ce brouhaha de pesanteur et de mots, il ne resterait plus la moindre place pour le bruit sourd des vagues, la caresse du vent marin, le sable chaud entre les orteils et la pensée qui s'évade en hélico, cela ne lui traversait pas l'esprit. C'était pour lui l'été de la recherche studieuse, avec en perspective toute une saison sur cette même portée musicale, vautré sur un sofa de mots. Un été qui, contre toute attente, s'avéra pourtant fertile en vérités relatives qui allaient, venaient et se contredisaient et au travers desquelles il n'arrivait plus désormais à se convaincre que la  forme, l'attitude appropriée et les bons mots suffiraient à le sortir d'affaire. Dix bons points j'aurai une image, et ensuite ? Puis, subitement il y eut en lui comme un blanc, un trou noir, et de cet instant irréel, il ne resta plus que la douce caresse du vent sur les vagues. En cet instant il fut comme blotti dans l'ici et maintenant, comme si avec lui le temps s'était assoupi.

Il y a de nombreux symboles reliés aux nombres, en alchimie, kabbale ou ennéagramme, et ceux-ci constituent pour certains une véritable instruction. Mais il faut savoir les déchiffrer pour les comprendre. Et dans ce domaine ce n'est pas toujours celui qui pense qui progresse. Dans l'approche ésotérique, les trois stades de l'évolution initiatique transforment l'homme en initié, en philosophe, et finalement en sage. Pour cela il faut suivre sur trois niveaux le procédé alchimique suivant : apprendre à se dominer, acquérir la raison et enfin faire sa calcination, c'est-à-dire brûler ses anciennes théories ou habitudes. Dante, dans certaines de ses poésies, se servait du rythme du nombre neuf, symbole de la trinité esprit-âme-corps, ayant trois aspects et trois principes. De son côté, la kabbale établit la correspondance entre le monde céleste symbolisé par le nombre un et le monde terrestre symbolisé par le nombre deux, permettant à l'homme de réaliser leur unification, symbolisée par le nombre trois (1+2), puisque l'unité se fonde sur leur complémentarité et que la pensée de l'homme émane de la pensée divine. En se condensant, la pensée devient parole, puis lumière, réalisant ainsi la fusion de l'esprit et de la matière dans l'ordre de la nature. Les églises comportent généralement trois rosaces : la septentrionale, qui est toujours privée des rayons du soleil, la sud-est éclairée par le soleil de midi et la grande rosace qui flamboie au soleil couchant. Coelho, avec l'Alchimiste, cite trois niveaux d'initiation : la chance du débutant précède l'épreuve du combattant qui elle-même précède une éternelle valse à trois temps. Ou encore, d'après Thomas Condom, la phase lune de miel puis phase de l'apprenti-sorcier qui précèdent une troisième phase de maîtrise du système, et qui figureraient les trois niveaux successifs de l'apprentissage de l'ennéagramme. Là, le troisième niveau dit « de maîtrise », dépend de l'intégration du savoir acquis et du niveau de sagesse qui en résulte. Nous retrouvons encore et encore la symbolique du nombre trois : action-réaction-conciliation, matérialisée par les points 3-6-9 sur l'ennéagramme.

Ainsi, allons-nous rechercher uniquement à progresser dans la compréhension théorique de l'ennéagramme ou chercherons-nous aussi à apprendre à se connaître et à progresser avec l'ennéagramme ? Et si progresser dans la connaissance de soi n'est pas un processus si progressif ou linéaire qu'on veut bien le croire, peut-être ferions-nous mieux de raisonner en termes de niveaux, de sauts, de prises de conscience. Lorsque la vie nous met à l'épreuve et nous accule à la remise en cause, nous savons, nous ressentons sans l'aide d'aucun mot, sans juger ou comparer, ce que certains s'enhardissent à nommer : les sauts quantiques de l'esprit.

« Ce qui est de la plus haute importance, c'est de laisser l'inconnu apparaître. L'esprit a conscience de ne pouvoir capturer par l'expérience et les mots ce qui demeure éternellement, intemporel et incommensurable » Krishnamurti

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vendredi 27 juin 2008

L'ennéagramme sera spirituel ou ne sera pas ?

Par Didier Perraudin

Il est communément admis que l'ennéagramme des personnalités nous offre deux niveaux de lecture, l'un psychologique et l'autre spirituel. Et je constate qu'à l'usage l'un peut très bien aller sans l'autre.
D'un point de vue strictement psychologique, le système peut s'appréhender comme d'autres typologies statiques de la personnalité telles que le MBTI avec, me semble-t-il, une grande pertinence dans le domaine de la connaissance de soi. Mais si l'on pousse loin cette logique purement psychologique, si l'aspect dynamique du système, l'idée de transformation et l'idéal de conversion ne sont plus indispensables, nous pourrions tout aussi bien nous passer du diagramme et disposer les neuf types à plat, le long d'une ligne droite imaginaire.
  D'un point de vue strictement spirituel, l'identification de notre personnalité et de la passion qui s'y rattache nous instruit d'une possible libération de l'ego, à la fois par la conversion de sa passion en vertu et par un retour à ses origines, c'est-à-dire du différencié à l'unité. Ici le diagramme prend toute son importance et nous guide sur le chemin de la transformation, dans une quête de sens plus que de destination.
L'idéal reste d'harmoniser ces deux forces fondamentales en considérant que l'une sans l'autre n'est rien. Pourtant, parce qu'il sera toujours plus aisé de se figurer la matière que l'esprit, les hommes ont mainte fois prouvé leur capacité à survivre et prospérer en ne percevant aucune dimension spirituelle, ni dans le cosmos, ni en eux-même. De même, l'ennéagramme dans sa forme actuelle semble pouvoir se passer plus aisément de son versant spirituel que psychologique.

Cependant, je vois une différence fondamentale entre ces deux points de vue, qui est que l'approche statique des différents types tend à séparer ou différencier, alors que l'approche dynamique, symbolisée sur le diagramme par une disposition des types en une ronde tout autour du cercle, tend à rapprocher et unir.  La première parce qu'elle nous fige dans un type comme une fatalité et la seconde parce qu'elle aide le type à se déployer sur le diagramme et dévoile des voies de communication privilégiées. Il reste intéressant de constater à quel point l'ennéagramme, qu'il soit envisagé d'un point de vue statique ou dynamique, peut exceller dans ces deux domaines diamétralement opposés.

Dans un autre ordre d'idée, nous pouvons collectivement constater que les maux qui rongent notre  planète et ses hôtes à l'aube du 21ème siècle : nationalismes, extrémismes religieux, appauvrissement des ressources naturelles, faune et flore... sont plus inhérents à une logique de séparation que de rapprochement. Nous oublions à tous niveaux ce qui nous rapproche, nous nous raidissons, pour ne plus voir que ce qui nous différencie : le riche et les pauvres, le nord et le sud, le chrétien et le musulman, le fort et le faible, le trois et le six... Comment trouver les moyens d'enrayer ou d'infléchir cette logique matérialiste et égoïste ? Comment décider et agir de manière collective, dans un indispensable esprit de conciliation, alors que nous nous considérons encore comme fondamentalement séparés et distincts des autres, de l'univers et du divin ?

Certains philosophes comme Bergson pourraient aussi nous éclairer sur la notion d'intersubjectivité, en nous expliquant que si l'espace sépare deux corps physiques et les distingue nettement, cet acte n'a pas sa raison d'être entre deux consciences, qui ne relèvent ni du temps ni de l'espace. Et que par leur capacité d'interpénétration, les consciences seraient plus proches que les corps. L'intersubjectivité, qui pourrait aussi être appréhendée comme un droit de vote universel résultant de cette simple capacité d'interpénétration. Mais combien d'entre nous comptent sur la philosophie, l'art ou l'amour, la foi, la charité, l'imagination, la connaissance de soi, pour nous sortir du bourbier planétaire où nous pataugeons déjà. Et combien oeuvrent dans ce sens ?

Il y a peu, lorsque l'on disait : c'est la crise... il ne pouvait s'agir dans nos esprits que d'une crise économique ou financière. Mais aujourd'hui une autre menace semble se profiler, d'une toute autre nature et prédite en son temps par Malraux : la crise de l'esprit. Et cette possible crise de l'esprit ne pourra se résoudre, ni même se concevoir, avec le niveau de pensée de ceux qui nous y précipitent.   
Mais si l'on se laissait aller à imaginer qu'en toute chose, le grand réside dans le petit et le petit dans le grand, on pourrait symboliquement se figurer la libération de l'humanité toute entière à l'image de celle de l'homme, par un retour vers ses origines, du différencié vers l'unité. Et pour mener plus haut le rêve, l'ennéagramme pourrait être une goutte de cette libération. Ou ne pas l'être.

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vendredi 13 juin 2008

L'ennéagramme, mon type et moi

Par Didier Perraudin

Je me souviens avec émotion du jour où j'ai enfin réussi à valider mon type, après plusieurs mois de recherches et d'errances, à inlassablement lire et relire la plupart des livres édités sur l'ennéagramme. Mais l'immense soulagement, ainsi que la fierté d'y être arrivé seul, n'arrivaient pas à surpasser un profond malaise issu de tout ce temps investi. Il devenait évident que suivre un stage de formation constituait pour moi la seule voie de progression dans la maîtrise de cet outil si simple d'apparence, mais qui au final s'avérait d'un maniement bien plus subtil et complexe.

Depuis, l'ennéagramme, mon type et moi, avons décidé de faire un bout du chemin ensemble. Et peu à peu, l'apparente vérité des livres à laissé place à l'infinie diversité de la psyché humaine, bien plus vaste et riche en émotion qu'une description théorique et livresque des neuf types et de leurs diverses caractéristiques. Ainsi, les stages me permirent, par exemple, de découvrir que l'observation d'un ou plusieurs comportements spécifiques, aussi pointue soit-elle, ne pouvait en aucun cas suffire, ou même aider, à différencier un type d'un autre et que seules les motivations profondes, les ressorts de ce comportement, pouvaient être considérées. De même je suis convaincu, alors qu'il est selon moi pratiquement inévitable qu'un praticien de l'ennéagramme s'exerce à typer son entourage ( pour peu qu'il garde ses conclusions pour lui...), qu'il faut se convaincre une bonne fois que personne, pas même un hypothétique champion du monde de l'ennéagramme, n'est à même de typer l'autre d'une manière fiable et certaine. D'ailleurs, typer : pour qui, pourquoi ? Au final, il ne reste que soi pour débusquer ce qui est en soi-même.

Et si ces quelques réflexions personnelles soulèvent en vous l'épineuse question des bienfaits, mais aussi des limites de l'accompagnement dans tout travail de développement personnel, je vous invite à enrichir ce débat de vos commentaires, de manière à faire mûrir ensemble nos avis et expériences. Dans un esprit : action – réaction - conciliation, pour ne pas omettre l'indispensable esprit d'ouverture.

Vous êtes avides d'informations ou d'échanges d'idées sur l'ennéagramme des personnalités ? Il existe de nombreux stages, que vous choisirez de préférence animés par des formateurs compétents et motivés à vouloir votre bien. Il y a de bons livres aussi, soit comme soutien à une toute première approche du système, soit pour approfondir un point précis ou s'ouvrir aux différentes approches ou écoles de l'ennéagramme. Mais il y a aussi les nombreux points de vue de tous les cherchants anonymes de l'ennéagramme qui font que, de leurs pierres ajoutées à l'édifice, chacun peut se donner la chance d'aider l'autre à progresser sur son propre chemin. Puisse ce premier article et ceux qui suivront sur le Da Vinci Blog contribuer à cela.

Didier Perraudin a 47 ans. Après 20 ans comme directeur commercial, puis responsable de magasin, il a décidé depuis quelques années de se consacrer à l'étude de l'ennéagramme et anime depuis peu des formations exclusivement dédiées à l'ennéagramme en région toulousaine. La prochaine session débute en septembre 2008. De plus, il est en train d'écrire 9 contes autour des 9 types, en collaboration avec une illustratrice de livres pour enfants. Son site est en reconstruction et sera de nouveau visible en août. Vous pouvez néanmoins lui écrire à l'adresse suivante : didier@enneagramme-coaching.fr.

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